"Cheval Bayard II" de Olivier Strebelle
Lorsqu’au début des années 1950, l’architecte Roger Bastin réalisa la prouesse technique de construire à Namur un pont d’une seule arche enjambant la Meuse (à l’époque le plus grand pont de Belgique), il émit le vœu (accepté par le Fonds des Routes) de parer l’ouvrage d’art d’un monument tout aussi exceptionnel offrant un réel parallélisme avec ce pont, appelé Pont des Ardennes ; la légende du cheval Bayard lui parut un thème tout indiqué : une épopée ardennaise, un récit épique du folklore mosan, qui raconte les aventures de quatre frères et de leur fabuleux cheval, fuyant Charlemagne et contraints de chercher refuge dans la forêt des Ardennes.
C’est le sculpteur bruxellois Olivier Strebelle (1927-2017), déjà renommé, qui se vit confier en 1953 la création de cette œuvre spectaculaire. Il fallut à l’artiste près de 4 ans pour finaliser son projet. Le coût de réalisation s’avérant alors sensiblement plus élevé que prévu, le salut vint du Commissariat de l’Expo 58 qui, enthousiasmé par le projet, proposa son sponsoring financier au Fonds des Routes à la condition que l’oeuvre soit d’abord présentée au public de l’exposition universelle. La sculpture d’envergure (près de 13 m de long sur 5 de large) fut terminée en un délai record de trois mois, pour être placée de justesse la veille de l’ouverture de l’exposition sur l’Esplanade du Heysel à Bruxelles. Le merveilleux destrier de bronze, incrusté de céramiques multicolores, semble s’envoler dans un mouvement asymétrique en portant ses quatre cavaliers, les quatre frères fils du Duc Aymon (Renaud, Alard, Richard et Guichard). Après l’expo il rejoignit sa destination namuroise et fut installé en bord de Meuse (rive gauche) en contrebas du pont des Ardennes, où ainsi placé, il paraît bondir dans un élan à la fois puissant et léger par-dessus la Meuse, tel le nouveau pont qui franchit le fleuve d’une foulée.
Et comme pour sceller plus encore le lien qui l’unit à Namur, il a fait des petits ! Puisqu’Olivier Strebelle en a réalisé des répliques miniatures en statuettes pour récompenser sous forme de ‘Bayard d’Or’ les lauréats du festival international du film francophone (FIFF) de Namur depuis 1989.